Le rasage traditionnel a son vocabulaire, et il est en grande partie anglais, parce que les communautés qui l’ont fait revivre au début des années 2000 l’étaient. Résultat : un débutant francophone tombe sur « BBS », « slant », « lather » ou « DFS » sans que rien n’explique de quoi il s’agit. Voici de quoi lire n’importe quelle discussion sur le sujet.
Le geste
Passe. Un parcours complet du visage avec le rasoir. Un rasage traditionnel en compte une à trois, chacune enlevant une fraction de la longueur du poil. C’est la différence de méthode la plus importante avec le rasoir à cartouches, qui cherche à tout couper en un seul passage.
WTG, XTG, ATG. Abréviations anglaises des trois directions de passe. With the grain : dans le sens du poil. Across the grain : perpendiculairement. Against the grain : à contresens. L’ordre habituel va du plus doux au plus agressif, et beaucoup de peaux s’arrêtent avant la troisième.
Sens du poil. La direction dans laquelle le poil sort de la peau. Elle change selon les zones du visage, et surtout dans le cou, où elle peut s’inverser sur quelques centimètres. La cartographier une fois, à sec, sur trois jours de pousse, évite ensuite des années de tâtonnement.
Angle. L’inclinaison entre la lame et la peau. Sur un rasoir de sûreté, l’angle utile est étroit : la tête du rasoir posée à plat contre la joue, puis basculée jusqu’à ce que la lame morde. Trop fermé, elle glisse sans couper ; trop ouvert, elle racle.
Pression. Le point sur lequel tous les guides insistent et que tous les débutants ignorent. Le poids du rasoir suffit. La pression n’améliore pas la coupe, elle enfonce la lame dans la peau et produit l’essentiel des irritations.
Buffing. Petits mouvements de va-et-vient rapides sur une zone rebelle. Technique de rattrapage, efficace et irritante : à réserver aux endroits où la coupe n’a pas pris.
J-hooking. Mouvement en crochet, utilisé sous la mâchoire, là où le poil change de sens. Le nom vient de la forme du geste.
Le résultat
SAS. Socially acceptable shave : le visage est net, on peut sortir. Un seul passage dans le sens du poil y suffit souvent.
DFS. Damn fine shave : la peau est lisse dans le sens du poil, encore légèrement rêche à contresens. C’est le résultat que visent la plupart des rasages quotidiens.
BBS. Baby butt smooth : lisse dans toutes les directions. Séduisant sur le papier, mais il exige presque toujours une passe à contresens, donc un prix payé en irritation. Beaucoup de praticiens expérimentés y renoncent volontairement.
Feu du rasoir. Rougeur diffuse et sensation de brûlure apparaissant dans l’heure. Presque jamais dû au rasoir lui-même : la pression, l’angle, une mousse trop sèche et une peau mal préparée en sont les quatre causes ordinaires.
Poil incarné. Poil qui repousse sous la surface de la peau au lieu d’en sortir, provoquant une papule inflammatoire. Fréquent sur le cou et sur les poils bouclés.
Pseudofolliculite de la barbe. Le nom médical de la forme chronique du phénomène précédent. Elle touche particulièrement les poils très bouclés, et sa prise en charge n’a rien à voir avec un simple changement de rasoir.
Le matériel
Rasoir de sûreté. Rasoir à lame unique remplaçable, protégée par une barre ou un peigne. « Sûreté » se comprend par rapport au coupe-chou, dont il est la simplification industrielle au début du vingtième siècle. On dit aussi DE, pour double edge : la lame est affûtée des deux côtés.
Peigne fermé. Barre pleine sous la lame. La plus courante, la plus tolérante.
Peigne ouvert. Barre dentée. Elle laisse passer davantage de mousse et de poil, coupe plus franchement, pardonne moins.
Slant. Tête vrillée qui présente la lame en biais, produisant une coupe oblique plutôt que perpendiculaire. Réputé efficace sur les barbes drues, exigeant sur la tenue.
Gap. L’écart entre la lame et la barre de protection. Plus il est grand, plus la lame est exposée, plus le rasoir est dit « agressif » — terme qui décrit une géométrie, pas un défaut.
Papillon. Mécanisme d’ouverture de la tête en deux volets, actionné par la molette du manche. On dit aussi butterfly ou TTO, pour twist to open.
Coupe-chou. Rasoir droit à lame fixe, qui s’affûte et s’affile au lieu de se remplacer. Demande un apprentissage réel et un entretien régulier.
Cuir à rasoir. Bande de cuir sur laquelle on réaligne le fil d’un coupe-chou avant chaque usage. On parle d’affilage, à ne pas confondre avec l’affûtage, qui enlève de la matière et se fait à la pierre.
Shavette. Rasoir droit à lames jetables. La forme d’un coupe-chou, la logique d’un rasoir de sûreté. C’est ce qu’utilisent la plupart des barbiers, pour des raisons d’hygiène.
La mousse
Blaireau. Le pinceau, et par extension la matière : le poil de blaireau, gradué du plus commun au plus souple. On trouve aussi le poil de sanglier, plus raide, qui s’assouplit à l’usage, et les fibres synthétiques, qui sèchent vite et n’ont pas d’odeur.
Touffe. La partie en poils du blaireau. Son diamètre et sa hauteur libre déterminent la souplesse, donc la façon dont elle charge le savon et dépose la mousse.
Lather. Le mot anglais pour la mousse montée au blaireau, employé tel quel dans les discussions. Une bonne lather est dense et brillante, pas aérée : la mousse en bombe, elle, est majoritairement composée d’air.
Bol à raser. Récipient dans lequel on monte la mousse. On parle de scuttle quand il est à double paroi et rempli d’eau chaude, pour garder la mousse tiède.
Charger. L’étape où le blaireau prend le savon dans son pot, avant d’être travaillé. Elle est presque toujours trop brève chez les débutants.
Savon dur, crème, mousse. Trois formulations. Le savon dur se charge au blaireau et donne la mousse la plus dense. La crème se dose à la noisette et monte plus vite. La mousse en aérosol est prête à l’emploi et ne redresse pas le poil.
Après
Pierre d’alun. Bloc de sulfate double d’aluminium et de potassium, passé humide sur la peau après le rasage. Astringent et hémostatique : il resserre et arrête les saignements minuscules. Il ne désinfecte pas et ne soigne rien.
Splash. Après-rasage liquide, souvent alcoolisé. Le picotement caractéristique vient de l’alcool, pas d’une action bénéfique.
Baume. Après-rasage en émulsion, sans alcool ou presque, destiné à réhydrater. Plus adapté aux peaux réactives.
Au salon
Dégradé. Passage progressif d’une longueur à une autre sur les côtés et la nuque. On le qualifie par la hauteur où il commence : bas, mi-haut, haut.
Fondu. Le caractère invisible de la transition d’un dégradé. Un dégradé peut être marqué ou fondu ; ce sont deux choses distinctes, et c’est la source la plus fréquente de malentendu entre un client et son barbier.
Contour. La finition des lignes : nuque, tempes, contour d’oreille. Se fait à la tondeuse à finition ou à la lame.
Ligne du cou. La limite basse de la barbe. Trop haute, elle donne un menton court ; trop basse, elle brouille la mâchoire. Elle se situe en général au-dessus de la pomme d’Adam, sur une courbe et non sur une ligne droite.
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